Tux aux hermines
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Le droit d’écouter

vendredi 20 décembre 2002, par Vincent Correze

From : GeorgeO@XXX
To : Richard@XXX
Date : 2010-12-21 19:84
Subject : Le Droit d'Ecouter

Salut !

En cette période de Noël de la dixième année de ce troisième millénaire, il faut je te raconte mon aventure de ce matin :

Je suis allé acheter le dernier album des "2k bugs". La très bonne critique du site et l’extrait périssable gracieusement offert m’ont finalement décidé à l’acheter.

J’avais téléchargé l’identifiant unique de l’album dans la mémoire de mon portefeuille, le vendeur me l’a donc vite trouvé. Toujours le côté pratique de la technologie, et c’est à peu près tout ce qui a marché aujourd’hui !

J’avais tout de même sauvegardé une copie de la pochette en mémoire au cas ça ne marchait pas... comme la dernière fois. ;-)

Ensuite, je suis passé à la caisse pour prendre un bon stock de recharges d’autorisations pour Noël en famille : j’en ai pris pour les films, la musique, et les livres. En effet, rien n’est lisible sans ces recharge d’autorisations. Ils pourraient tout de même en vendre un petit peu directement avec la musique, ils savent bien que si on en achète, c’est pour l’écouter !

En ce qui concerne ces autorisations, la technologie n’est pas du tout au point...

Le paiement s’est fait sans problème (comme pas hasard... ;-) par contre les recharges ne sont jamais apparues ni sur l’écran, ni dans la mémoire de mon portefeuille.

Bon, OK le paiement électronique est généralisé et au point depuis des années, mais ce n’est pas parce que j’ai mis à jour mon portefeuille à la dernière version (version X comme 10 en chiffres romains, et comme l’année 2010 ;-) que les systèmes d’autorisation ne doivent plus marcher !

Un technicien m’a résolu le problème en utilisant leurs fameux codes secrets dont plus personne n’ignore l’utilité maintenant. Même si les détracteurs pensent que c’est un système d’espionnage, il sert tout de même à dépanner de nombreux cas ! C’est vrai que j’ai un doute tout de même, je ne sais pas ce qu’il a pu traficoter dedans. Et pire, quand mon portefeuille est connecté aux systèmes d’accès à Internet, je ne sais pas qui peut fouiller dedans.

Le technicien m’a dit que c’est un problème de format de dates, les bornes de recharges d’autorisations du magasin ne sont pas encore passées au format normalisé ISO8601, sans doute les derniers systèmes fonctionnant au format régional.

Heureusement, j’avais emmené l’extension balladeur de mon portefeuille, et après y avoir chargé les chansons, je les ai autorisées, grâce à ces satanées recharges d’autorisation. Ca a marché, j’ai donc pu les écouter dans le métro. L’autorisation d’écouter est effectivement plus facile à utiliser sur cette nouvelle version X du portefeuille.

C’est bizarre, c’est la première fois que ça m’arrive : en présentant mon portefeuille à la borne d’accès du métro, le balladeur s’est tout simplement éteind... Je suis donc resté bloqué dans le sas ! ...et hop, encore une intervention technicien avec le code secret, décidément jour de malchance aujourd’hui...

Pire, en relançant la musique, j’ai vu qu’il m’avait grillé la recharge d’autorisation en cours ! Une de moins dans la catégorie musique, ce sont mes neveux et nièces qui ne vont pas être contents, un noël en famille, ça ne se fait pas sans musique. Pire, je me suis rendu compte plus tard, que c’était toutes mes autorisations en cours qui étaient révoquées : le roman que j’étais en train de lire a dû être réautorisé, idem pour les documentations et les news en cours de lecture !

Il parait que ce problème avait déjà été identifié, analysé, et publié par un groupe de passionnés d’informatique. Suite à un procès démesurément médiatisé, ils avaient été condamnés pour piraterie, fraude, et "atteinte au secret de la propriété intellectuelle". Ce problème n’a manifestement toujours pas été réparé, et les usagers du métro se font toujours sauter des autorisations...

Mon voisin m’a encore engueulé d’avoir acheté ce disque et la recharge d’autorisation. Il me parle toujours en des termes incompréhensibles : TCPA, Palladium, DCMA, EUCD, CSPLA ! Que des mesures technico-légales liberticides d’après lui.

TCPA et Palladium seraient des noms de technologies informatique de gestion et de restrictions de droits. ...les recharges d’autorisations...

DMCA, EUCD, et CSPLA sont des lois qui empêchent la publication d’information sur les systèmes informatique afin d’éviter tout piratage, ou "contournement des droits". ...même quand il s’agit de trouver des failles dans le but d’améliorer le système...

Lui, il utilise encore un vieil ordinateur de 2003. A cette époque, il n’y avait pas encore de TCPA et Palladium. Pourtant il fait tout ce que je fais avec le mien. Il utilise des logiciels de l’époque qu’il dit "Libres". Il utilise, lit, écoute, et visionne tout ce qui est Libre. Il peut même librement les redistribuer, les copier, les échanger. Il dit que c’est une license qui protège toutes ces oeuvres. Peut-être devrais-je m’y plonger davantage.

De plus, il peut développer et améliorer les logiciels qu’il utilise ! Pas de procès, puisque c’est le choix des auteurs de donner ces libertés aux usagers.

Pour les logiciels, ça me dépasse car trop technique, mais il parait que bien des artistes ont adopté ces licences pour leurs oeuvres.

En tout cas, la musique que j’achète est trop chère pour que je la copie ! Et de toute façon, des protections sont installées dans tous les modules, ce qui rend la chose impossible.

Rentré chez moi, j’ai pu télécharger l’album sur mon lecteur de salon pour un meilleur son. J’ai dû les réautoriser (normal, ce n’est pas le même lecteur), donc une recharge de plus gaspillée.

Ma borne informatique à peine démarrée, j’avais déjà un e-mail dans ma boite à lettre faisant état de la pré-reservation de 2 places de concert pour la venue ici des "2k bugs". Facile à savoir puisque j’avais écouté l’extrait périssable, acheté l’album et autorisé les chansons. (et peut-être aussi savaient-ils que j’avais écouté la musique dans le métro grâce aux bornes d’accès...)

Mais j’ai tout de même un petit peu peur... ...et si on s’était laissé enfermer quelques années plus tôt ?

Richard, je t’écris cet e-mail pour te le demander : est-ce que tout ça est une bonne chose ? Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour empêcher toutes ces restrictions et ces lois ?

George

P.-S.

Le Droit D’Ecouter v0.4 Imaginez l’année 2010 si en 2003 on laisse passer l’EUCD/CSPLA. Copyright (C) 2002 Nicolas "Nÿco" VERITE L’original de ce texte est sur le site ArtLibre

Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre.

Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude ainsi que sur d’autres sites.

Foire Aux Questions : http://artlibre.org/faq.php/index.html

3 Messages de forum

  • > Le droit d’écouter 24 décembre 2002 00:36, par The Galerian

    haaaa
    jai peur
    sauver nous de cette état opresseur
    qui nous interdisent tous...
    tous çà pour kil empochent encore plus
    facilement...pour eux ya ke le frik ki komptes pour nous ya ke nos affaires ki komptes jentends par affaire nos films et nos musik voir meme nos jeux..
    pour eux si ya pa de frik ya rien...
    AMD INTEL ET je sais plus ki
    arrété fo konnerie de Palladium
    si vous vouler savoir de ki ya sur nos disk demander nous
    ce ke vous faite c’est une violation de la vie privé...
    et dans ce cas si
    c’est vous ki etes en tords...
    arf çà me fais trop peur
    bref On perd notre vie à la gagner

    • > > Le droit d’écouter 26 décembre 2002 16:31, par beny

      [...]sauver nous [...] :
      Qui "nous" ? Linux et les LL, dans ce cas rejoind au plus vite la plus grande communauté informtique :p

  • > Le droit d’écouter 6 janvier 2003 15:51, par SooL

    Bonjour,

    Je m’appelle Richard et je vous envoie ce qui sera probablement mon dernier courriel. Hier j’ai reçu un e-mail de mon ami Georges, celui joint ci-dessus. Ce matin il a été arrêté pour actions subversives et enfermé. Ses biens ont été saisies et toute trace de lui a disparu. Heureusement qu’après avoir reçu son mail je l’avais imprimé. En y réfléchissant ce matin, j’ai voulu lui répondre par mail, mon logiciel de courrier éléctronique m’en a refusé le droit. J’ai dû tout retaper pour vous le faire parvenir.

    Je n’ai pas peur, je crois de toute façon que j’étais prêt à rentrer dans la clandestinité. Mon seul conseil est de vous débrancher une fois que vous avez reçu ce mail. Demain vous vous rebranchez et vous essayez de le lire. Vous verrez que vous n’y arriverez pas : c’est le progrès.

    Je dois avoir des idées subversives moi aussi, je dois donc disparaître ...

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