Tux aux hermines
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Quand l’Europe se shoote à la série B

Où il est question d’économie et de brevets.

lundi 2 octobre 2006, par Stéphane Marchau

Combien faut-il d’économistes de Detroit pour changer une ampoule ? Zéro, le marché s’en occupera. Cette petite blague des économistes keynésiens qui cible leurs collègues de la Nouvelle Économique Classique illustre parfaitement le débat actuel sur la propriété intellectuelle (PI).

Nous pensions, naïvement que l’Europe, bonne fille comme à son habitude, en avait fini avec cette idée d’un verrouillage total de la connaissance au profit de quelques uns. Toujours inquiets qu’ils sont, à ce que d’autres puissent partager savoir et connaissance, il fallait bien qu’ils reviennent à l’attaque. Et nous revoilà donc à devoir re-défendre à nouveau les idées de partage et d’échange qui nous tiennent tant à cœur.

Car rien ne semble y faire. Que cela soit la position des élus Européens, que cela soit la voix d’un Joseph Stiglitz (Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel 2001 [1]) c’est Niet. Ils ont décidé qu’ils avaient raison et que nous n’avions qu’a obéir et que de toute manière l’équilibre naîtra du marché entre gens de « bonne compagnie ». Pourtant lorsque J. Stiglitz vient à peser de tout son poids pour rappeler ce que les tenants du libre vivent depuis maintenant plus d’une génération, il ne fait que rappeller ce que la plupart des personnes, savantes ou non, ont déjà compris. L’on pouvait donc penser que nos amis adeptes des brevets sur tout et rien accepteraient enfin d’entendre à défaut d’écouter. Qu’ils viendraient à comprendre que leurs voix n’est pas celle des citoyens ni de bon nombre d’économistes un peu plus ouverts que celle des économistes libéraux.

L’innovation et la conception intellectuelle ne sont pas un bien essentiellement économiques mais l’une des composantes de notre patrimoine à tous c’est le message inlassable de J. Stiglitz. Tout comme il nous rappelle que l’imagination qui est à la base des innovations est et reste recombinatrice. Faites d’emprunts aux autres technologies et que l’innovation naît justement de cette recombination des idées de tiers pour leur apporter le petit plus qui les fait passer de simple technique souvent marginale à solution. Et que c’est nécessaire aussi bien pour la pure technique que nécessaire dans tous les domaines qui touchent à la survie même des habitants-citoyen de notre petite planète.

Sur le plan technique, le petit monde de l’informatique le sait bien, lui qui a vu un Apple se transformer en phénix du fruit du labeur des laboratoires Xerox. Puis renaître à nouveau en utilisant une base libre comme FreeBSD pour servir de fondation à sa conception de MacOsX. Ne parlons même pas d’un Microsoft qui au regard des concepts modernes de l’informatique (interface graphique, souris, navigation intuitive) végétait dans un cloaque technique avant de s’inspirer de la recombination par apple du travail de Xerox.

Mais ce petit monde de l’informatique ne s’est pas arreté en si bon chemin. Lui qui insolent, se permit même avec Gnu-Linux de réaliser le plus gros transfert de technologie moderne nord-sud jamais enregistré dans l’histoire de l’humanité. Insolent au point même de ne pas demander le soutien étatique des nations du nord. Transformant d’un coup une simple technologie en phénomène social et politique.

Alors, face au retour de la mauvaise série B, le retour de la mort qui tue du Brevet logiciel, il ne nous reste pas beaucoup de choix. Espérer que la sagesse descende sur le monde et que l’on entende enfin en quoi continuer sur la voix d’une PI intransigeante n’est qu’un bond en avant pour celui qui est devant un précipice, ou bien, nous rappeler que nous Hacktivistes, Pronétaires, sommes aussi des citoyens. Citoyens qui sommes en droit et en devoir de rappeler à ceux à qui nous confions mandat de mettre en place notre futur qu’ils ont un rôle. Que leur rôle n’est pas de mettre en place le futur vu par d’autres, par des voleurs même comme le dit J. Stiglitz à Libération mais pour concevoir le futur sur les bases que nous désirons et que notre voix vaut autant que celle d’un lobby bruxellois.

C’est pour cela qu’une fois de plus, il nous faudra nous mobiliser.

A vos crayons, claviers, souris, citoyens du numérique. Vous ne vous engagez pas dans le soutien d’une idée qui vise à protéger votre intérêt. Mais à promouvoir l’idée que si la propriété intellectuelle est nécessaire, elle se doit d’être équilibrée et ayant pour but d’aider toutes les sociétés humaines et non privilégier les comptes en banque de quelques-uns, fussent ils des bonnes dames patronnesses créateurs de fondations caritatives.

Ce n’est pas moi qui vous le dit, ce n’est pas moi qui vous le demande mais un prix Nobel. Et après tout, un prix Nobel qui traite de voleur Bill Gates et qui aime les blagues à deux balles, ne peut pas avoir fondamentalement tort.

P.-S.

texte sous licence CC

Notes

[1] Prix Nobel, dans le language courant

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