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Vers la fin des LUGs ?

lundi 17 mars 2008, par Patrice « PatLeNain » Le Gurun

Ce texte est un texte d’humeur, qui n’est pas centré sur Linux Nantes. J’essaye de faire ici de faire un peu de prospective, mais bien malin qui dire de quoi sera fait demain. Si je l’ai écrit, ce n’est pas pour vilipender les différents acteurs, mais bien pour faire réagir et pourquoi pas changer cette situation. Les LUGs ne sont pas morts, mais ils doivent se battre pour continuer à exister.

C’est une question lancinante qui me traverse à intervalle régulier depuis le mois de septembre ... Que va-t-il arriver dans les années à venir ? Ce tissu associatif disparaitra-t-il ? Et si cela arrivait, serai-ce un mal ?

C’est quoi un LUG ?

Autant commencer par le début. Un LUG (Linux User Group ou groupe d’utilisateurs Linux) est un groupe, formel ou informel, de personnes se retrouvant autour du système GNU/Linux. L’intérêt de se regrouper est multiple, généralement se retrouver, échanger et promouvoir l’utilisation de ce système d’exploitation et au-delà des logiciels libres. Le noyau dur est généralement formé de passionnés, qui en font ou en feront généralement leur métier.

Dans la plupart des cas, un LUG propose des échanges, du dépannage logiciel, des installations, de la communication autour des avantages des logiciels libres.

Une diffusion de plus en plus massive

Avec la diffusion de plus en plus massive des logiciels libres (on peut citer entre autres l’utilisation d’OpenOffice dans la gendarmerie et plus récemment l’EeePC d’Asus), de plus en plus de débutants viennent aux systèmes Linux. Les distributions sont désormais plus faciles à installer, à configurer et à utiliser, et demandent beaucoup moins de connaissances qu’auparavant.

Dans le monde professionnel aussi les choses bougent, avec la maturité des solutions, des logiciels très répandus notamment sur les serveurs, et en corrollaire, le développement des SSLL (sociétés de services en logiciels libres), ces sociétés qui s’adressent aux professionnels.

Les difficultés des LUGs

Avec tout ceci, on pourrait se dire que les LUGs ont encore du pain sur la planche, et pour un long moment. Ceci n’est pas entièrement vrai.

- Première difficulté, les distributions étant de plus en plus accessibles et l’Internet de plus en plus développé, il y a moins de besoin d’assistance. Pourquoi aller voir un LUG quand on peut avoir accès à l’information quand on est chez soi, ou quand on pense pouvoir installer soi-même (et avec raison dans beaucoup de cas) une distribution sans difficultés majeures, sur un matériel de moins en moins exotique ?

- Seconde difficulté, le développement des SSLL, grâce à l’existence de besoins parfois complexes mais aussi très basiques. Pourquoi une PME doit aller voir une association alors qu’elle peut rencontrer une entreprise dont c’est son métier, et contre qui elle peut aussi se retourner en cas de problème ?

- Troisième difficulté, le développement des associations à portée nationale, comme l’APRIL, qui a pour effet d’écraser par leur notoriété les petits LUGs locaux sans que ce soit une volonté de leur part. Et pourtant les deux peuvent et même doivent co-exister, sans que les LUGs n’évoluent vers une forme de succursale de ces associations nationales.

- Quatrième difficulté, pour moi la plus importante, une certaine disparation du noyau dur. Au départ, pour beaucoup, c’était des étudiants, passionnés, qui pouvaient être disponibles de manière importante. Une grande partie est désormais sur le marché du travail et est moins disponible, une autre travaille dans ces SSLL (ou du moins avec des logiciels libres) avec une envie moins importante de faire du travail en dehors des heures de travail. Une dernière partie a fondé une famille, avec une disponibilité forcément plus faible. Bien évidemment tous ces éléments peuvent se recouper.

Au passage, le faible investissement d’une grande partie des adhérents provoque un fort sur-investissement des adhérents militants, ceux que j’appelle plus haut le noyau dur [1]. Ce sur-investissement, nécessaire pour que les LUGs tournent, cause à force un désintérêt, et sans renouvellement de ce noyau dur, signe une baisse d’activités qui peut être fatale.

- Dernière difficulté, et non des moindres, une certaine individualisation de la société, les nouveaux arrivants potentiels dans les LUGs ne le font pas, préférant peut-être rester entre jeunes, ne pas s’engager pour aider les autres, trouvant dans l’Internet les solutions à leurs problèmes.

Est-ce un mal ?

Toute transformation d’un écosystème, informatique ou non, est un peu triste. Mais, si disparation des LUGs il devait y avoir, elle serait le signe d’une maturation des logiciels libres, passant de choses étranges réservées aux passionnés en informatique, en un ensemble de produits, parfois cohérents, surtout très accessibles.

Les passionnés ne vont pas pour autant disparaitre, il y aura toujours un aspect bidouillage et un côté philosophique qui séduiront des nouveaux venus, qui voudront à un moment se rencontrer physiquement, qui parfois en feront leur métier, et qui voudront partager leurs connaissances.

Mais je crains que les LUGs, à terme vont, sinon disparaitre, du moins prendre une autre forme.

Qu’en sera-t-il vraiment ? L’avenir nous le dira, mais le chemin pris à la fois me réjouis et m’angoisse.

P.-S.

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Notes

[1] Ce constat est valable pour beaucoup d’autres associations, voire groupes humains.

7 Messages de forum

  • Vers la fin des LUGs ? 17 mars 2008 22:20, par Ronan

    Salut Patlenain, bravo pour cet article, sans amertume ni angélisme, et qui résume bien la situation, du moins celle que je connais à Nantes.
    Avec mon adhésion de "soutien" à Linux-Nantes, je me retrouve bien dans ces utilisateurs qui n’ont pas beaucoup le temps de s’investir dans la vie d’un LUG, qui profitent désormais de distribution de très bonnes factures, et qui trouvent 95% de leur réponse à leurs problèmes techniques de newbies sur Google. Je comprends d’autant mieux ton propos que je sais que, de ton côté, tu prends le temps d’assurer un bon nombre de permanence à Nantes, et une bonne part dans l’organisation des Linux-Parties organisées par l’asso. C’est en "adhérent militant", qui consacre pas mal de temps à son ’LUG’ local, que tu évoques la fin d’une époque.

    J’ajoute quand même un truc ou deux que tu ne dis pas : Un LUG comme celui de Nantes permet encore de rencontrer "en vrai" des gens de tous âges ou milieux sociaux, souvent généreux de leur temps et de leur compétences, et de discuter avec eux d’un tas de trucs, autour d’une bière tiède et d’un tas de vieux PC. Des vrais rencontres quoi, le genre de chose impossible quand on ne passe sa vie que sur Internet.
    L’intérêt essentiel des LUG est pour moi aujourd’hui celui de ces rencontres ponctuelles qu’on y organise, quand on y arrive. Les autres raisons "historiques" qui ont poussé à la création des LUGs, à savoir la diffusion d’une culture "libre", les "coups de main" généreusement donné à tous pendant des samedi après-midi entiers, ou le montage de projet de développement open source de longue haleine, tout cela a finalement beaucoup gagné à se faire maintenant sur le web.

    En bref, un LUG qui fait moins de choses, qui recentre son intérêt et ses activités sur des choses que le web ne peut pas offrir, qui n’organise peut-être qu’une ou deux manifestation par an, réussies et appréciées, ben "c’est déjà pas mal".

    Voir en ligne : Bien vu.

    • Vers la fin des LUGs ? 18 mars 2008 20:27, par kereoz

      Analyse intéressante, mais quelque peu pessimiste à mon goût.
      Ce n’est que mon avis, mais voici ce que j’en pense.

      Je crois que l’existance des LUG n’est pas compromise par le fait de rendre le logiciel libre accessible. Je trouve cette conclusion un peu rapide.
      Le fait de rendre le logiciel libre accessible à tous fait croitre de manière considérable le nombre d’utilisateurs de Linux.
      Et puis même si les ditributions sont de plus en plus facile à utiliser, on n’est jamais à l’abris d’un problème un peu plus complexe qui demande l’intervention de quelqu’un de compétent.

      En ce qui concerne l’APRIL, je ne suis pas d’accord non plus. Pour moi l’APRIL fédère les LUGs, et je ne vois pas de concurrence quelle qu’elle soit.

      Ensuite, je pense que les SSLL ont une place légitime : les Linuxiens vont pouvoir manger. Leur exsistence n’est absolument pas incompatible avec celle des LUG : les rôles ne sont pas les mêmes, ils sont même complémentaires. Alors que le LUG regroupe amateurs et passionnés dans un cadre non commercial, la SSLL travaille en mileu professionnel.

      Enfin, le fait que l’on puisse résoudre ses problèmes en cherchant sur google n’a à mes yeux aucun rapport avec l’engagement de chacun dans les LUGs. Celui qui veut s’investir le fera, google ou pas. S’il n’y avait pas google, les LUGs verraient peut être plus de "consommateurs d’association", j’entend par là celui qui prend mais qui ne donne pas.

      Pour moi, l’avenir des LUGs est d’autant plus radieux qu’il y a de nouveaux Linuxiens chaque jour =)

      • Vers la fin des LUGs ? 20 mars 2008 20:45, par gilles roussi

        je partage ton avis, de plus chargé de faire migrer un certain nombre d’étudiants dans mon école d’art nous venons de créer un nouveau gul, à ce propos je suis en ce moment en relation avec notre gourou x ? international qu’est Richard Stallman, ce dernier devant venir faire une conférence m’assurait de ne pas venir si il s’agissait d’un GUL il veut avoir à faire avec GNU/linux et non LINUX ! de plus il nous faut remercier Bill ....Vista c’est du pain béni non les Groupes d’Utilisateurs Libres vont désormais êtres de plus en plus nombreux et rien ne remplace le contact humain

        allons courage : au passage une petite rengaine de quarante ans : ce n’est qu’un début continuons le combat !

        gillou

        Voir en ligne : ce n’est qu’un début continuons le combat !

  • Vers la fin des LUGs ? 20 mars 2008 02:22, par Jarillon

    L’informatique et les logiciels évoluent : l’activité des Lugs doit en faire autant.

    En 1998, quand nous avons lancé l’ABUL, on utilisait des modems RTC 56k et les graveurs de CD valaient l’équivalent du prix d’un PC actuel.

    Depuis, les conditions ont changé et si nous ne nous adaptions pas, nous ressemblerions à l’industrie musicale qui croyait que son "business model " était éternel. Si c’était le cas, les LUGs disparaîtraient.

    Je pense que les LUGs doivent de plus en plus s’occuper du niveau applicatif (son, graphisme, vidéo), un peu moins de la configuration des cartes vidéo et beaucoup moins de celle des lecteurs de CD, de cartes son, du clavier et de la souris.

    Je constate aussi que l’on vient de plus en plus nous demander d’intervenir. Je suis incapable de donner le nombre de conférences que j’ai pu faire en 2007 alors qu’en 1999, j’en avais fait une seule. Il faut être à l’écoute des gens et essayer de leur apporter ce qui leur convient.

    Ce que j’aime à l’ABUL, c’est qu’il n’y a que des jeunes, âgés de 15 à 67 ans qui peuvent être étudiant, retraité, agriculteur, ingénieur, administrateur système, polytechnicien, professeur des écoles ou d’université... bref un éclectisme d’une richesse remarquable.

    Ta lassitude est normale. Ne culpabilise pas et prends un peu de repos. Quand tu sentiras que le moment est venu, tu reviendras avec un regard neuf et des idées neuves, plus fort que jamais.

  • Vers la fin des LUGs ? 20 mars 2008 15:29, par Albator

    Pourtant, il y a toujours autant de demandes d’aides pour installer Linux lors des Install-Party et je ne pense pas que cette demande cesse un jour car il y aura toujours des débutants qui auront besoin d’être guidés au début, même si Linux devient facile à installer.
    Et il y a de plus en plus de demandes au niveau applicatif : quels logiciels libres utiliser avec GNU/Linux et Windows pour faire du montage vidéo, de la généalogie, du dessin, gérer sa collection de timbres, faire un site internet...
    Il y a là de quoi faire mais à mon avis, plus en partenariat avec les autres associations : espaces numériques, MJC, associations d’informatiques...

    Voir en ligne : Non, il y a de plus en plus de demandes

  • Vers la fin des LUGs ? 9 avril 2008 12:17, par greg

    Les utilisateurs de Linux évoluent and so are the Lugs.

    Si Linux se professionalise, se démocratise, tant mieux. Peut on faire intervenir des professionels dans le cadre d’un LUG pour donner par exemple des conférences sur l’utilisation pro des LL ?

    Il y aura toujours des passionés et donc, des Lugs...

  • Vers la fin des LUGs ? 28 avril 2008 00:03, par Annaïg "Scara" DENIS

    Je suis d’accord sur certains points mais plutôt en désaccord avec le malaise global que ton billet dégage.

    En fait je partage beaucoup l’avis de kereoz,la proportion de personne a aider ne diminue pas, on ne peut pas vraiment le savoir d’ailleurs, vu que c’est une savante équation entre le nombre d’utilisateurs qui augmente, et l’installer d’une distribution qui se facilite entrainant d’ailleurs une démocratisation des logiciels libres. et le matériel et les périphériques qui sont de pls en plus nombreux entrainent d’autant plus de problèmes de compatibilité quand leur fabricants ne font pas d’effort coté drivers et applications.

    D’ailleurs, comme Ronan le dit, je pense que certaines personnes n’iront pas chercher de l’aide sur internet mais auront besoin d’une aide IRL ("in real life") parce que cela correspond plus à leur conception de la vie... : même si c’est pour de l’informatique tout le monde ne passe pas son temps sur internet ;)

    Et Pat’, crois-en l’expérience de Pierre, les GULL ont déjà changé et continueront à changer pour s’adapter aux changements de publics. L’associatif est chronophage quelque soit le type d’association de laquelle on fait parti, alors quand on a des responsabilités un peu partout comme toi, c’est normal que ça use :)

    Concernant ton point 4, dès le départ, dans le cas de LNA, il est clair que l’association ne doit pas se substituer à un professionnel, donc une PME devrait plutôt aller voir une SSLL pour ses besoins. La vocation principale de Linux-Nantes est d’informer tout le monde, mais pas que les bénévoles fassent le boulot de pro même si on pourrait imaginer dans le meilleur des mondes que GNU/Linux devrait équiper tous les ordinateurs.

    Quant à l’APRIL ensuite, je pense que peu d’utilisateurs connaissent les associations nationales, et comme ça a aussi été dit, ces associations nationales contribuent à faire connaitre les actions au niveau local.

    Pour finir, le constat que je ferai plutôt c’est que installer une distribution "user friendy" comme Mandriva ou Ubuntu est particulièrement chiant et répétitif pour les geeks bas-niveau (qui trouvent leur plaisir dans le code, les configurations avancées, etc) qui ont fondé les GULL. Et le temps passant et la proportion d’utilisateurs de LL augmentant, ils revoient leurs priorités et se rendent moins disponible pour ça.

    Le problème que peut donc avoir un GULL alors, c’est le renouvèlement avec de jeunes générations d’utilisateurs pouvant aider plus novices qu’eux à installer une distribution. Et là ton dernier point est sans doute pas étranger à ça.

    P.S. : Greg : c’est ce qui a été fait déjà avec la journée Pro de la linux Party de l’nnée dernière, un certain nombre des intervenants travaillaient en SSLL.

    P.S. 2 : je préfère l’appelation GULL Groupe d’utilisateurs de Logiciels Libres vu que (i) c’est en français et (ii) ça parle de logiciels libres (dont GNU/Linux mais aussi LL pour d’autres SE) et pas seulement de "Linux" qui, comme le signale gilles roussi, ne plait pas à RMS.

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