C’est une question lancinante qui me traverse à intervalle régulier depuis le mois de septembre ... Que va-t-il arriver dans les années à venir ? Ce tissu associatif disparaitra-t-il ? Et si cela arrivait, serai-ce un mal ?
C’est quoi un LUG ?
Autant commencer par le début. Un LUG (Linux User Group ou groupe d’utilisateurs Linux) est un groupe, formel ou informel, de personnes se retrouvant autour du système GNU/Linux. L’intérêt de se regrouper est multiple, généralement se retrouver, échanger et promouvoir l’utilisation de ce système d’exploitation et au-delà des logiciels libres. Le noyau dur est généralement formé de passionnés, qui en font ou en feront généralement leur métier.
Dans la plupart des cas, un LUG propose des échanges, du dépannage logiciel, des installations, de la communication autour des avantages des logiciels libres.
Une diffusion de plus en plus massive
Avec la diffusion de plus en plus massive des logiciels libres (on peut citer entre autres l’utilisation d’OpenOffice dans la gendarmerie et plus récemment l’EeePC d’Asus), de plus en plus de débutants viennent aux systèmes Linux. Les distributions sont désormais plus faciles à installer, à configurer et à utiliser, et demandent beaucoup moins de connaissances qu’auparavant.
Dans le monde professionnel aussi les choses bougent, avec la maturité des solutions, des logiciels très répandus notamment sur les serveurs, et en corrollaire, le développement des SSLL (sociétés de services en logiciels libres), ces sociétés qui s’adressent aux professionnels.
Les difficultés des LUGs
Avec tout ceci, on pourrait se dire que les LUGs ont encore du pain sur la planche, et pour un long moment. Ceci n’est pas entièrement vrai.
Première difficulté, les distributions étant de plus en plus accessibles et l’Internet de plus en plus développé, il y a moins de besoin d’assistance. Pourquoi aller voir un LUG quand on peut avoir accès à l’information quand on est chez soi, ou quand on pense pouvoir installer soi-même (et avec raison dans beaucoup de cas) une distribution sans difficultés majeures, sur un matériel de moins en moins exotique ?
Seconde difficulté, le développement des SSLL, grâce à l’existence de besoins parfois complexes mais aussi très basiques. Pourquoi une PME doit aller voir une association alors qu’elle peut rencontrer une entreprise dont c’est son métier, et contre qui elle peut aussi se retourner en cas de problème ?
Troisième difficulté, le développement des associations à portée nationale, comme l’APRIL, qui a pour effet d’écraser par leur notoriété les petits LUGs locaux sans que ce soit une volonté de leur part. Et pourtant les deux peuvent et même doivent co-exister, sans que les LUGs n’évoluent vers une forme de succursale de ces associations nationales.
Quatrième difficulté, pour moi la plus importante, une certaine disparation du noyau dur. Au départ, pour beaucoup, c’était des étudiants, passionnés, qui pouvaient être disponibles de manière importante. Une grande partie est désormais sur le marché du travail et est moins disponible, une autre travaille dans ces SSLL (ou du moins avec des logiciels libres) avec une envie moins importante de faire du travail en dehors des heures de travail. Une dernière partie a fondé une famille, avec une disponibilité forcément plus faible. Bien évidemment tous ces éléments peuvent se recouper.
Au passage, le faible investissement d’une grande partie des adhérents provoque un fort sur-investissement des adhérents militants, ceux que j’appelle plus haut le noyau dur [1]. Ce sur-investissement, nécessaire pour que les LUGs tournent, cause à force un désintérêt, et sans renouvellement de ce noyau dur, signe une baisse d’activités qui peut être fatale.
Dernière difficulté, et non des moindres, une certaine individualisation de la société, les nouveaux arrivants potentiels dans les LUGs ne le font pas, préférant peut-être rester entre jeunes, ne pas s’engager pour aider les autres, trouvant dans l’Internet les solutions à leurs problèmes.
Est-ce un mal ?
Toute transformation d’un écosystème, informatique ou non, est un peu triste. Mais, si disparation des LUGs il devait y avoir, elle serait le signe d’une maturation des logiciels libres, passant de choses étranges réservées aux passionnés en informatique, en un ensemble de produits, parfois cohérents, surtout très accessibles.
Les passionnés ne vont pas pour autant disparaitre, il y aura toujours un aspect bidouillage et un côté philosophique qui séduiront des nouveaux venus, qui voudront à un moment se rencontrer physiquement, qui parfois en feront leur métier, et qui voudront partager leurs connaissances.
Mais je crains que les LUGs, à terme vont, sinon disparaitre, du moins prendre une autre forme.
Qu’en sera-t-il vraiment ? L’avenir nous le dira, mais le chemin pris à la fois me réjouis et m’angoisse.